Illusions auditives

L’ouïe nous permet d’interpréter de nombreux sons de notre environnement, ce qui nous aide à savoir ce qui ce passe aux alentours et donc d’adapter notre comportement en conséquence… Cependant il lui arrive de se tromper…

Tout d’abord la perception d’un son se calque à son environnement, c’est-à-dire aux différents sons entendus simultanément, antérieurement ou postérieurement, mais aussi à la vision: ceci constitue en partie l’intermodalité sensorielle. La vision serait comme « liée » à l’audition, comme le théorise l’effet McGurk, expliquant que nous entendons en fonction de ce que nous voyons et vice-versa. Ainsi lorsque l’on regarde une personne prononcer le mot « bar » plusieurs fois normalement, le mot que nous entendrons sera alors bien « bar ». En revanche si l’on réécoute cette personne dire « bar », mais en mimant la prononciation du « f », ce n’est plus « bar » mais « far » que nous percevrons. =>la vidéo ci-dessous illustre très bien le phénomène…(regardez de 0:10 à 0:57 et de 0:58 à 1:16 )

De même, certaines personnes ont l’impression de moins bien entendre, lorsqu’elles ne portent pas de lunettes: « Les personnes voyantes s’appuient sur ce qu’elles voient pour mieux entendre, précise Pascal Barone, du Centre de recherches cerveau et cognition, à Toulouse. Le mouvement des lèvres renseigne sur le son qui va sortir de la bouche avant même qu’il ait été émis. C’est encore plus net quand on écoute dans un environnement bruyant, ou quand on entend parler dans une langue que l’on maîtrise mal: plus l’information transmise par un sens est ambiguë, plus elle est proche de son seuil de perception, et plus l’intermodalité des sens est importante. » Ce qui fait notamment que dans la nuit, du fait d’une vision réduite, l’ouïe est renforcé, mais aussi que les mal-entendants fixent les lèvres pour capter ce que le locuteur dit.

rue-curiol-nuit.png

Mais de jour, la vue complète de même l’ouïe, puisque l’humain aura tendance à mieux entendre, si le son produit se situe dans la zone de vision, et inversement: « Un piéton détecte mieux le danger d’une voiture qui entre dans son champ visuel s’il l’entend que s’il écoute de la musique au casque. » affirme le chercheur.

Mais il existe de nombreuses autres façons de tromper l’ouïe, comme les illusions musicalessonoresvocales ou même les hallucinations auditives

 

Quelles sont les illusions musicales?

  • Le paradoxe de Triton:

Le paradoxe de Triton, découvert et étudié par Diana Deutsch, constitue une illusion auditive, et afin de bien vous expliquer en quoi consiste t-il, il nous faut reposer quelques principes de musicologie: une gamme est composée de 12 demi-tons, formant une octave (ex: do, do#, ré, ré#, mi, fa, fa#, sol, sol#, la, la# et si). Nous pouvons donc dire que la suite des tons est périodique, car lorsque l’on joue une gamme chromatique, nous reviendrons toujours sur le do après la même suite de demi tons, simplement en changeant d’une octave.

clavier-avec-nom-des-notes

Le paradoxe de Triton consiste à entendre un son à partir d’une même note (ex:la) jouée simultanément sur cinq octaves: l’auditeur ne peut alors pas déterminer à quel octave appartient la note, car il n’y a pas d’informations précises à ce sujet. Le paradoxe apparaît ensuite lorsque l’on fait suivre ce son d’un autre son composé de la même façon, mais séparé de la 1ère note par un triton (c’est à dire six demi tons, un demi octave, soit un intervalle de six touches). Dans cet exemple la note qui suivra le la sera un ré#. Ici il n’y a pas non plus d’informations précises concernant la suite de notes, et donc une impossibilité à déterminer de façon sûr quelle note est la plus grave: ainsi certaines personnes entendront le premier son comme étant le plus grave et d’autre le contraire.

Pour mieux expliquer ce phénomène, posons qu’une gamme de notes est circulaire, l’auditeur peut alors positionner les notes à sa manière, et c’est exactement en ceci que réside l’illusion, il peut positionner le do (C) à douze heures et le do# (C#) à une heure. Nous pouvons donc représenter le cercle de la manière suivante:

page202

Les flèches associent deux notes, séparées d’un triton, donc le do s’associe au fa# et le ré au sol#… soit aux notes qui sont diamétralement opposées. Mais la configuration peut varier, une personne peut par exemple positionner le la au niveau de douze heure et donc le ré# au niveau de six heures…Ainsi si une personne visualise la gamme de notes dans la configuration instaurée ci-dessus, et que les notes jouées sont le do (C) et le fa# (F#), elle percevra le triton C-F# descendant et F#-C ascendant.

Le lieu de naissance et de vie, le mode de vie, la langue maternelle influencent la façon dont nous percevons ces sons, par exemple des personnes issues de la famille auront tendance à entendre le ton des deux sons de la même manière: il existerait donc une corrélation entre ces derniers paramètres et le paradoxe de Triton.

(Vous pouvez, pour vous faire une idée de ce paradoxe, écouter de 1:15 à 2:06 la vidéo ci-dessous)

  • L’illusion de la gamme de Shepard:

De plus, lorsque nous avons fait écouter à des volontaires un son en boucle, 66,67% ont perçu un son de plus en plus aigu, ou de plus en plus fort, qui donnait l’impression d’une mélodie infinie. Ce phénomène se nomme la gamme de Shepard, inventée en 1964 par le scientifique du même nom, elle met en scène une gamme de 12 sons formés d’octaves et qui en effet donne l’impression d’une gamme infinie lorsqu’ils sont répétés.

Cette illusion met en scène des signaux ou ondes sinusoïdales jouées les unes au-dessus des autres de façon ascendante; par exemple imaginez quatre instruments qui jouent un do ensemble, mais sur des octaves différents, ils montent tous dans la gamme de notes et lorsqu’ils atteignent le do de l’octave suivante, l’instrument qui jouait dans la gamme la plus haute, revient quatre octaves plus basses (le nombre d’octaves descendues varie selon le nombre d’instruments). Notre cerveau ne perçoit pas cette chute étouffée par les trois autres instruments qui continuent de monter dans la gamme: nous entendons alors une mélodie semblant monter à l’infini.

(La vidéo ci-dessous montre cette gamme (regardez de 2:08 à 2:58))

vidéo par AsapSCIENCE

Quelles sont les illusions sonores?

Nous commencerons tout d’abord par vous présenter l’effet Doppler, puis les acouphènes.

  • L’effet Doppler:

ambulance

 

Nous avons tous un jour entendu une ambulance rouler non loin de nous. Nous avons alors l’impression que lorsque celle-ci se rapproche de nous, sa sirène est plus aigüe, et lorsqu’elle s’éloigne c’est l’inverse que nous constatons. Ce phénomène est appelé effet de Doppler, et pour vous l’expliquer quelques rappels sont nécessaires.

Le son est une vibration acoustique, qui pour être entendu de l’humain, atteint son oreille interne. Mais plus physiquement le son est un phénomène périodique produit par la vibration très rapide d’un objet, créant une onde sonore. Une onde sonore est une onde de compression-décompression, sans aucune modification de milieu. L’intensité d’un son dépend de l’amplitude de l’onde sonore, soit de l’écart maximal d’une grandeur: plus l’intensité est élevée, plus l’amplitude elle aussi est élevée. Si un son paraît plus aigüe, cela signifie que les vibrations de l’air sont rapides, ceci équivaut à la fréquence d’un son (⇒ mesure du nombre d’ondes par seconde en un point donné, nombre de fois où le phénomène se reproduit). La fréquence d’un son grave est inférieur à celle d’un son aigüe.

Revenons en maintenant à notre ambulance; lorsque celle-ci est à l’arrêt ainsi que la personne l’entendant, la fréquence de la longueur d’onde est constante, la personne percevra alors le même son. En revanche si l’ambulance se rapproche, l’espace entre chaque front (⇒moment où l’air est comprimée) diminue, donc la fréquence augmente, ce qui signifie qu’il y a plus de mouvement des molécules d’air en une seconde: le son paraît alors plus aiguë. De même si l’ambulance s’éloigne, les écarts entre les fronts augmentent, le son est alors plus grave.

Mais, et c’est en ceci que réside l’illusion, le son émis par l’ambulance est toujours le même, il a une longueur d’onde constante et une fréquence inchangée: l’effet de variation du son est créé par le mouvement de la source.

  • Les acouphènes:

oreilles

« Ne serait-ce qu’à cause de mes oreilles qui sifflent et bourdonnent jour et nuit je puis dire que ma vie est un calvaire. » – Beethoven

La perception d’acouphènes est considérée comme une maladie, elle représente environ 14% à 17% de la population et ce à travers le monde. En France les personnes affectées représentent environ 3 à 5 millions de français, dont 150 000 très affectés. Les acouphènes sont des tintements, bourdonnements ou sifflements perçus par l’oreille interne, sans que le sujet puisse savoir d’où ceux-ci viennent. Ils sont généralement dus à un défaut de l’audition, ou du traitement des signaux acoustiques par le cerveau.

Les causes de ces bruits sont nombreuses: la plus fréquente est une lésion de l’oreille interne au niveau des cellules ciliées internes ou externes contenues dans la cochlée, déclenchée par un traumatisme lié à des bruits ou de fortes détonations. Mais cela peut aussi provenir d’un rétrécissement des grands vaisseaux sanguins du cou,  d’une usure des vertèbres cervicales, d’un dysfonctionnement des articulations maxillaires, ou même de maladies internes comme le diabète, le trouble du métabolisme des lipides ou de la pression artérielle.

Bien souvent, les acouphènes deviennent autonomes, c’est à dire que l’oreille n’envoie plus de signal au cerveau, celui-ci perçoit le bruit tout seul, il attire même l’attention de la personne atteinte sur celui-ci. En effet si l’on sectionnait le nerf auditif, les acouphènes persisteraient: ils sont donc plus ressentis qu’entendus. Le bruit est produit par un signal nerveux anormal, qui lui-même ensuite interpréter comme un bruit par le cortex auditif; mais son existence ne suffit pas pour être perçu par l’humain, pour atteindre la conscience. Il faut des conditions de déséquilibre du système nerveux végétatif (qui est notamment responsable de la respiration, du rythme cardiaque, de la pression artérielle, de la sudation…) à cause du stress, de la fatigue ou d’une maladie.  Ainsi il existe deux types d’acouphènes: les acouphènes objectifs, la personne en souffrant n’est alors pas la seule à les percevoir et ceux dits subjectifs qui ne sont entendus que par une minorité de la population, soit les personnes atteintes.

Quelles sont les illusions vocales?

Il existe donc des illusions auditives liées à l’élocution, qui sont des trompe-oreilles, des mots fantômes ou des mots chantés.

  • Les trompe-oreilles:

Les trompe-oreilles sont des phrases qui sont difficiles à comprendre et/ou à prononcer et donnant l’impression d’être une langue étrangère, de ne rien vouloir dire ou d’avoir une tout autre signification. Voici donc quelques trompe-oreilles:

-Si six scies scient six cyprès, six cents six scies scient six cent six cyprès. Dans cet exemple, le sens n’apparaît pas toujours dès la première écoute (sans avoir la feuille sous les yeux), durant laquelle l’auditeur ne croit entendre qu’un enchaînement dépourvu de sens du mot « scie ». C’est donc le ton qui permettra à l’auditeur de percevoir le sens de cette phrase.

-Mes mensonges c’est vérité, sévérité même en songe (Jean Cocteau), soit à l’écoute « Mes mensonges c’est vérité, ces vérités mes mensonges. ». Ici c’est le fait que la deuxième partie de la phrase est deux sens, qui crée l’illusion.

-L’oie niche en bas-la pie niche en haut-où niche hibou?-Hibou niche ni haut ni bas. Ici lorsque l’on écoute cette phrase, c’est une langue étrangère que l’on croit entendre, ceci est du à l’enchaînement des mots sans aucune ponctuation (excepté le point d’interrogation).

  • Les mots fantômes:

Parlons maintenant des mots fantômes, ce sont des mots, n’ayant pas forcément de signification mais auxquels le cerveau, qui souhaite toujours donner du sens à ce qu’il entend, voit, ressent, va donner une signification. Écoutez cet extrait afin de mieux vous rendre compte de ce que peuvent être les mots fantômes…cliquez ici

Si vous avez écouté avec attention, vous avez peut-être reconnu des mots, ou même des phrases de langues que vous connaissez. Effectivement le cerveau, qui entend simplement des sons, va les combiner afin de former un ensemble de sons ressemblant à des mots qu’il connaît déjà.

Afficher l'image d'origineLes aires que nous présentes ce schéma interviennent dans le bon fonctionnement de la compréhension du langage: l’aire de Wernicke sert à l’interprétation des sons et syllabes en mots et phrases, si une personne est atteinte d’une lésion au niveau de cette aire, celle-ci ne serra pas sourde, mais elle ne saura pas attribuer de sens aux sons entendus. Cette aire est donc responsable de la création des mots fantômes.

Les mots perçus dépendent des personnes, elles sont en effet révélatrices du langage de l’auditeur et de son état d’esprit; ainsi s’il est dépressif, peut être percevra t-il des mots en rapport avec la mort ou bien peut être avez-vous entendu des mots en français ou en anglais, selon les langues que vous maîtrisez.

De même si vous réécoutez l’extrait, mais en changeant de position, en vous éloignant par exemple des enceintes,  alors l’intensité du son variera, ou sinon en tournant la tête cela modifiera la trajectoire du son jusque nos oreilles, les sons entendus seront alors différents, donc les mots perçus le seront aussi.

L’illusion des mots fantômes est intéressante, car elle n’est pas réellement le fruit d’une mauvaise interprétation du système auditif, mais seulement du cerveau qui perçoit des mots en fonction de sa mémoire.

  • Les mots chantés:

Musique et voix sont bien souvent liées, le compositeur Moussorgsky l’avait bien compris, notamment dans Les tableaux d’un exposition, une série de dix pièces pour piano.

Pour mieux vous rendre compte de ce qu’est l’illusion des mots chantés, voici un enregistrement à écouter: cliquer ici

La phrase de cet extrait est « Sometimes behave so strangely », lorsque vous l’entendez plusieurs fois de suite, ce n’est plus simplement la phrase que vous entendez mais une mélodie, que l’on pourrait traduire par cette gamme de notes:

Sometimes behave so strangely, le nouveau tube de l'été

Il est donc possible d’écrire une partition à partir du langage parlé! Ici la voix n’est pas monocorde, effectivement les syllabes sont associées à des notes (ici respectivement mi, ré, do, si, ré, do, mi).

La phrase ne semble chantée que lorsque nous l’écoutons en boucle, en effet si nous l’écoutons une seule fois, nous percevons simplement une phrase parlée: c’est donc bien dans la répétition que réside cette illusion.

=>Voici donc quelques illusions auditives parmi tant d’autres, peut-être en avez-vous déjà expérimenté certaines…


Article précédent : Illusions olfactives                                                                      Article suivant : Illusions tactiles


 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s